A la fois éclectique et intransigeante,
la scène underground de musiques nouvelles
de Tôkyô ne connaît ni règles
ni limites. Comme un courant électrique
qui passe des night-clubs aux musées, salles
de concerts et scènes en plein air, elle
court-circuite, loin des clivages de genre et
de génération, de façon presque
sourde, la sensibilité et la conscience
des japonais.
Elle ne connaît qu’un seul mot d’ordre:
détruire tout ce qui tient encore debout.
Détruire l’utilisation conventionnelle
des instruments, mais aussi les genres musicaux,
les façons d’apprécier la
musique, ou encore l’attitude et le rôle
mêmes des musiciens. Détruire, toujours,
les systèmes de production conventionnels
de la musique, et sa place dans la société
japonaise.
Avec We Don’t Care… , nous ne voulons
pas montrer une oeuvre, mais donner à appréhender
un processus en cours, celui de la destruction
mise en oeuvre au sein de la création musicale,
comme au sein de la ville et des modes de vies
qui s’y déploient.
Consommer, jeter, détruire, recycler, et
consommer à nouveau...Le cycle infernal
qui fait tourner Tokyo sur lui-même trouve
son expression parfaite dans la pratique musicale
des artistes protagonistes de We Don’t Care…
: écouter, sampler, détruire, recomposer
et écouter à nouveau.
En associant les gestes musicaux aux gestes quotidiens
et imaginaires, les sons musicaux aux sons de
la ville et de la vie, nous voulons donner à
notre film la forme même de cette spirale
destructrice. Plus qu’un film, nous voulons
We Don’t Care… semblable à
un gigantesque remix de Tokyo lui-même,
une métonymie de son mouvement perpétuel
qui broie, brûle, et déchire tout
ce qui s’oppose à son développement.
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